Le Loup malade

Le Loup malade


Il y avait, une fois, au bois du Gajan, un loup qui se rendait malade à force de trop manger. Ce Loup s’en alla un jour à Miradoux trouver un grand médecin.
« Bonjour, monsieur le médecin.
– Bonjour, Loup.
– Monsieur le médecin, je suis bien malade. Je voudrais une consultation, en payant, comme de juste. »
Le médecin fit tirer la langue au Loup.
« Loup, dit-il, tu te rends malade à force de trop manger. À partir d’aujourd’hui, il faut te taxer à sept livres de viande par jour. »
Le Loup remercia bien le médecin et lui donna pour ses peines quatre sols moins un denier. En s’en retournant au Gajan, il passa à la boutique du forgeron de Castet-Arrouy et lui commanda une balance romaine pour peser, chaque jour, les sept livres de viande, ainsi qu’il avait été taxé.
Quand la balance fut forgée, le Loup alla la chercher. Chaque jour, il l’emportait à la chasse pour ne pas dépasser l’ordre du médecin. Aussi, au bout de huit jours, il redevint gaillard, bien portant ; et il ne regrettait pas les quatre sols moins un denier qu’il avait donnés au grand médecin de Miradoux.

Au bout de quelque temps arriva la SainteBlandine, jour de la fête patronale de CastetArrouy. Le Loup connaissait son métier comme pas un. Il savait qu’après la messe les gens iraient s’attabler, jusqu’au moment où le sonneur de
cloches sonnerait le dernier coup de vêpres.
Alors, les juments poulinières et les jeunes mules qu’on élève pour les vendre aux Espagnols, à Lectoure, le jour de la foire de Saint-Martin, demeureraient seules dans les prés de la rivière de l’Auroue.
Les gens de Castet-Arrouy ne s’étaient pas encore servis la soupe que mon Loup s’élance du côté de la rivière, et aperçoit, au beau milieu d’un pré, une jument avec sa mule. Par malheur, il avait oublié sa balance romaine.
« Bah ! dit-il, je pèserai à vue d’œil. Quatre livres la jument, et trois livres la mule. »
Aussitôt, il les étrangla et les rongea jusqu’aux os.
Le soir même, le Loup creva.