[légende Romaine] Romulus et Rémus

La légende de la formation de Rome met en scène deux enfants, des jumeaux, Romulus et Rémus. Ils seraient les enfants du Dieu Mars (dieu de la Guerre) et de la vestale (une prêtresse de la déesse Vesta) Rhéa Sylvia. Celle-ci était la fille de Numitor, le roi de la ville d’Albe. Numitor avait un frère, Amulius, qui avait été très déçu de ne pas être désigné comme roi. Donc il détrôna son frère et fit tuer tous ses fils. Pour sa fille, Rhéa Sylvia, il en fit une vestale, qui n’avait pas le droit d’avoir d’enfant. Quand il apprit pour les jumeaux, il demanda à ce qu’on les jette dans le fleuve. Ils auraient donc été abandonnés dans un panier, et une louve aurait trouvé les bébés et les aurait nourris. Ensuite les jumeaux auraient été recueillis par des hommes, et lorsqu’ils furent devenus adultes, Romulus fonda Rome, en tuant son frère lors d’une dispute.

She-wolf_suckles_Romulus_and_Remus

Tite Live, historien romain, nous  rapporte dans son livre 1 ce qu’il sait de la fondation de Rome, émettant des doutes sur le fait que le Dieu Mars soit le père des jumeaux. Il explique cela dans sa préface.

 

Histoire Romaine – Livre 1 : Des origines lointaines à la fin de la royauté

(Traduction M. Nisard, 1864)

Préface :

Les faits qui ont précédé ou accompagné la fondation de Rome se présentent embellis par les fictions de la poésie, plutôt qu’appuyés sur le témoignage irrécusable de l’histoire : je ne veux pas plus les affirmer que les contester.
On pardonne à l’antiquité cette intervention des dieux dans les choses humaines, qui imprime à la naissance des villes un caractère plus auguste. Or, s’il est permis à un peuple de rendre son origine plus sacrée, en la rapportant aux dieux, certes c’est au peuple romain; et quand il veut faire du dieu Mars le père du fondateur de Rome et le sien, sa gloire dans les armes est assez grande pour que l’univers le souffre, comme il a souffert sa domination.

[…]

[I, 4]

Mais les destins devaient sans doute au monde la naissance d’une ville si grande, et l’établissement de cet empire, le plus puissant après celui des dieux.
Devenue par la violence mère de deux enfants, soit conviction, soit dessein d’ennoblir sa faute par la complicité d’un dieu, la Vestale attribue à Mars cette douteuse paternité.
Mais ni les dieux ni les hommes ne peuvent soustraire la mère et les enfants à la cruauté du roi : la prêtresse, chargée de fers, est jetée en prison, et l’ordre est donné de précipiter les enfants dans le fleuve.
Par un merveilleux hasard, signe éclatant de la protection divine, le Tibre débordé avait franchi ses rives, et s’était répandu en étangs dont les eaux languissantes empêchaient d’arriver jusqu’à son lit ordinaire; cependant, malgré leur peu de profondeur et la tranquillité de leur cours, ceux qui exécutaient les ordres du roi les jugèrent encore assez profondes pour noyer des enfants.
Croyant donc remplir la commission royale, ils les abandonnèrent aux premiers flots, à l’endroit où s’élève aujourd’hui le figuier Ruminal, qui porta, dit-on, le nom de Romulaire.

Ces lieux n’étaient alors qu’une vaste solitude. S’il faut en croire ce qu’on rapporte, les eaux, faibles en cet endroit, laissèrent à sec le berceau flottant qui portait les deux enfants : une louve altérée, descendue des montagnes d’alentour, accourut au bruit de leurs vagissements, et, leur présentant la mamelle, oublia tellement sa férocité, que l’intendant des troupeaux du roi la trouva caressant de la langue ses nourrissons. Faustulus (c’était, dit-on, le nom de cet homme) les emporta chez lui et les confia aux soins de sa femme Larentia. Selon d’autres, cette Larentia était une prostituée à qui les bergers avaient donné le nom de Louve; c’est là l’origine de cette tradition merveilleuse.
Telles furent la naissance et l’éducation de ces enfants. À peine arrivés à l’âge de l’adolescence, ils dédaignent l’oisiveté d’une vie sédentaire et la garde des troupeaux; la chasse les entraîne dans les forêts d’alentour.
Mais, puisant dans ces fatigues la force et le courage, ils ne se bornent plus à donner la chasse aux bêtes féroces; ils attaquent les brigands chargés de butin, et partagent leurs dépouilles entre les bergers. Une foule de jeunes pâtres, chaque jour plus nombreuse, s’associe à leurs périls et à leurs jeux.

[…]

Fondation de Rome

[I, 6]

Numitor ainsi replacé sur le trône d’Albe, Romulus et Rémus conçurent l’idée de fonder une ville aux lieux témoins de leurs premiers périls et des soins donnés à leur enfance. La multitude d’habitants dont regorgeaient Albe et le Latium, grossie encore du concours des bergers, faisait espérer naturellement que la nouvelle ville éclipserait Albe et Lavinium.
À ces projets d’établissement vient se mêler la soif du pouvoir, mal héréditaire chez eux, et une lutte monstrueuse termine un débat assez paisible dans le principe. Ils étaient jumeaux, et la prérogative de l’âge ne pouvait décider entre eux : ils remettent donc aux divinités tutélaires de ces lieux le soin de désigner, par des augures, celui qui devait donner son nom et des lois à la nouvelle ville, et se retirent, Romulus sur le mont Palatin, Rémus sur l’Aventin, pour y tracer l’enceinte augurale.

 

[I, 7]

Le premier augure fut, dit-on, pour Rémus : c’étaient six vautours; il venait de l’annoncer, lorsque Romulus en vit le double, et chacun fut salué roi par les siens; les uns tiraient leur droit de la priorité, les autres du nombre des oiseaux
Une querelle s’ensuivit, que leur colère fit dégénérer en combat sanglant; frappé dans la mêlée, Rémus tomba mort. Suivant la tradition la plus répandue, Rémus, par dérision, avait franchi d’un saut les nouveaux remparts élevés par son frère, et Romulus, transporté de fureur, le tua en s’écriant : « Ainsi périsse quiconque franchira mes murailles. »
Romulus, resté seul maître, la ville nouvelle prit le nom de son fondateur. Le mont Palatin, sur lequel il avait été élevé, fut le premier endroit qu’il eut soin de fortifier. Dans tous les sacrifices qu’il offrit aux dieux, il suivit le rite albain; pour Hercule seulement, il suivit le rite grec tel qu’Évandre l’avait institué.

Romolo_e_remo